AVEC FRANCOIS HOLLANDE, UNE NOUVELLE EUROPE S’IMPOSE
Le discours sur l'Europe prononcé l’autre soir, au Cirque d’hiver par François Hollande illustre la nouvelle empreinte qu’il entend imposer en cas de victoire.
En conclusion aux deux journées de rencontres organisées sous la férule de la Fondation Jean-Jaurès, François Hollande abordait une question qui lui est à la fois déterminante et douloureuse. Déterminante parce que l'horizon européen est une évidence pour celui qui fut, dans les années 1990, le président du club « Témoin » fondé par Jacques Delors. Douloureuse parce que de tous les débats qui ont agité le Parti socialiste du temps où il en était le premier secrétaire, celui sur le traité constitutionnel européen, en 2005, fut plus explosif.
L'Europe, a déclaré François Hollande dès le début de son discours, « traverse la plus grave crise de son histoire ». Dès lors, a-t-il poursuivi, le « péril » est grand « que les Européens, à force de déceptions et de désillusions, se détournent de l'idéal qui a été le leur et celui des générations précédentes depuis plus de cinquante ans ».
Dénonçant la menace du « recroquevillement » et se présentant comme le dépositaire du « legs prestigieux » de François Mitterrand et Jacques Delors, il a écarté tout doute sur son attachement à la construction européenne. Mais laquelle ? Contre une Europe « impuissante face aux forces du marché, obsédée même par la dérégulation et incapable de résister à la mondialisation libérale », François Hollande a repris une idée qu'il avait présentée à Berlin, le 5 décembre 2011, lors du congrès du Parti social-démocrate (SPD) : celle d'un « pacte européen de stabilité, de gouvernance et de croissance ». L'objectif est de proposer une alternative au traité de discipline budgétaire qui a été signé depuis par 25 des 27 Etats de l'UE. Un traité que François Hollande n’a cessé de dénoncer comme une « illusion », qui « prétend en terminer avec la crise financière à travers une annonce de stabilité », mais qui « crée les conditions d'une crise économique durable, laquelle ne peut faire que ressurgir les déséquilibres financiers qui ont fait naître, justement, la première ».
Comme il l'a déjà assuré à maintes reprises, François Hollande s'est engagé, s'il est élu président de la République, à profiter de l' « espace de négociation » qui reste ouvert tant que le texte n'est que signé mais pas encore ratifié, pour le « renégocier ». Sans remettre en cause « l'obligation du sérieux », il a insisté sur la nécessité de proposer de « nouveaux instruments » de financements pour favoriser la croissance et l'emploi. Il en a cité quatre (la Banque européenne d'investissement, les euro-obligations, la taxation des transactions financières et les fonds structurels européens qui nécessitent, selon lui, d'être remobilisés). Et s'est dit favorable à une « directive cadre sur les services publics » permettant l'instauration d'un « bouclier énergétique qui protège les ménages européens (...) face à la hausse constante du prix de l'énergie ».
Tout autant que dans ce discours d'une quarantaine de minutes, c'est dans l'image que résidait, au fond, l'essentiel du message qu’a fait passer hier François Hollande. Avant sa prise de parole, plusieurs personnalités de la social-démocratie s'étaient en effet succédées sur la piste du Cirque d'hiver pour se féliciter de leurs convergences de vue et lui témoigner de leur soutien. Alors que la droite tente de le décrédibiliser en soulignant son isolement sur la scène européenne, l'occasion lui était fournie de démontrer qu'il y compte des alliés. « Nous, sociaux-démocrates allemands, partageons les orientations politiques de François Hollande », a ainsi déclaré Sigmar Gabriel, le chef du SPD. « Je félicite François Hollande pour sa campagne ambitieuse et réaliste », a poursuivi le Bulgare Sergueï Stanichev, président du Parti socialiste européen. Sans compter les mots de Pier Luigi Bersani, le président du Parti démocrate en Italie et de Martin Schulz, allemand, président du Parlement européen.
Le 6 Mai, il serait agréable que François Hollande soit le premier de ces « progressistes » européens venus le soutenir à franchir les portes du pouvoir. Ceci, dans le but d’une nouvelle Europe juste, forte et solidaire.