FRANCOIS HOLLANDE : LA GAUCHE ASSUMEE
Après dix ans de droite, dont cinq sous la férule de Nicolas Sarkozy, François Hollande propose aux électeurs, dans son programme, un vrai tournant politique. Hausse des prélèvements obligatoires, restauration des services publics, place plus importante accordée aux partenaires sociaux, pilotage de la politique industrielle, le tout dans un cadre contraint d’équilibre budgétaire : le candidat socialiste réussit à viser entre les mailles de la crise, et à dégainer un projet véritablement progressiste. Après le socialisme rose foncé du début des années 80, puis le quinquennat jospinien du tournant des années 2000 - qui avait tout à la fois imposé les 35 heures, mis en place la couverture maladie universelle et créé aussi des milliers d’emplois, etc…-, François Hollande se met, pour la première fois peut-être en France, dans les pas de la social-démocratie. Ceux de Pierre Mendès-France et de Jacques Delors, qui n’avaient pas eu le temps (pour le premier) ou de volonté politique (pour le second), de l’expérimenter.
Là où François Mitterrand faisait rêver en 1981 avec ses«110 propositions» aux Français, François Hollande prend«60 engagements pour la France». La nuance n’est pas que sémantique, mais bien politique. «Je ne promets que ce que je suis capable de tenir, pas moins, pas plus. Tout ce qui est dit ici sera fait […] dans le quinquennat», a assuré François Hollande.
Du mendésisme pur sucre, quand l’ancien président du Conseil se disait mu par trois principes : «vérité, courage et contrat.» Une éthique du pouvoir qui a l’avantage d’être raccord avec l’ADN politique de Hollande, celui de la synthèse du mitterrandisme tactique et du rocardisme réformateur.
«Après le laissez-faire, on assume un nouvel interventionnisme de la puissance publique», pose Guillaume Bachelay. Une gauche «résolue et réaliste, réformiste au vrai sens du terme», complète Marisol Touraine.
Principal acte fondateur de cette rupture, la fiscalité : la création d’une nouvelle tranche d’impôt sur le revenu. Certes, son demi-milliard de recettes supplémentaires ne démultipliera pas les capacités de l’Etat, mais la mesure permet d’afficher un coup d’arrêt à la baisse continue, ces dernières années, du seul impôt progressif en France. Avant de fusionner, à terme, l’impôt sur le revenu et la CSG. Retour également sur la réforme de l’impôt sur la fortune de la droite et sur la baisse des droits de successions des plus aisés. Le plus gros de la nouvelle marge de manœuvre financière (30 milliards), découlera cependant de la réduction ou de la suppression, non moins juste socialement, de niches fiscales. Au total, Hollande prend le risque d’afficher, à la fin de son mandat, un taux de prélèvements obligatoires record de 47% du PIB.
Grâce au réalisme hollandais, tous ces milliards seront affectés, en totalité, à la réduction du déficit. Il promet ainsi de le ramener à 3% fin 2013 et proche de zéro en 2017. Quant au volet dépenses (20 milliards), il sera financé par des économies ou des «financements spécifiques».
Un moyen qui devrait lui permettre de défendre un autre point essentiel de son projet : la restauration du rôle de l’Etat. Comment ? En mettant fin à la Révision générale des politiques publiques, cet ensemble de mesures d’économies dans l’administration dénoncées par les syndicats, et en stoppant le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux.
Enfin, dernier élément fort de cet affichage social-démocrate : la place des partenaires sociaux. Leur concertation obligatoire sur les sujets les concernant, actuellement d’ordre légal, sera constitutionnalisée. Et Hollande leur attribue un rôle dès le début de son éventuel mandat, en réunissant une «grande conférence économique et sociale qui sera saisie des priorités du quinquennat».