Les primaires populaires ouvertes sont une chance pour la gauche
Je tenais à vous faire partager une chronique parue dans le quotidien Le Monde du 14 décembre 2010 écrite par notre ami Emeric Bréhier. Il nous explique l'importance stratégique et politique des primaires, ainsi que le respect du calendrier fixé dès lors que le processus fut adopté.
Bonne lecture.
Ollivier Serres
Secrétaire de section
LEMONDE.FR | 14.12.10 | 14h42
Nous y voilà. Les mauvais augures de tout poil sont de retour. Il aura suffit que des camarades éminents aient fait part de leur intention de concourir aux primaires populaires ouvertes organisées par le Parti socialiste pour que l'on nous explique benoîtement que celles-ci ne peuvent que susciter la discussion, les clivages, le bazar, les fâcheries, bref la division. Et, comme une évidence, tout ceci ne peut conduire qu'à une désastreuse réélection de Nicolas Sarkozy. Peut-être serait-il bon de rappeler quelques vérités à ces doctes chroniqueurs d'une défaite annoncée.
L'appétence par un système de primaires organisées par le Parti socialiste est le fruit de la conjonction d'un certain nombre de facteurs qu'il serait trop aisé d'oublier. Le premier c'est bien l'incapacité pour le Parti socialiste et – compte tenu de sa place centrale – pour la gauche en général de disposer d'une ou d'un leader incontesté(e) dans sa capacité à rassembler et à incarner. A telle enseigne que le congrès de Reims se jouât – en partie – sur le refus de confier le Parti socialiste à l'un ou l'autre de nos camarade ne cachant pas leurs visées présidentielles. Pourtant, toutes celles et tous ceux pensant plus simple et plus sain le fonctionnement à la britannique des partis auraient pu – du ? – soutenir cette option : au lendemain d'une troisième défaite à l'élection reine de notre système politique, le parti socialiste devait se donner un leadership dont la tâche devait être de conduire la gauche à la victoire en 2012. A l'instar de ce qu'a mis en place le Parti travailliste au lendemain de la défaite de Gordon Brown. Ce fut bien le choix stratégique inverse qui fut réalisé. Et si l'on ajoute qu'à l'époque, le calendrier – long, puisque dix-huit mois avaient passé entre mai 2007 et novembre 2008 date du congrès – avait volontairement validé cette vision, on perçoit mieux l'aspect variable des évidences calendaires, encore aujourd'hui.
Conséquence logique de ce choix, de cette incapacité du PS à désigner sereinement à l'issue d'un processus interne, l'une ou l'un des siens comme leader pour l'élection présidentielle, l'idée des primaires – sous des formes diverses, avec plus ou moins de convictions – s'est imposée comme le moyen à la fois "d'externaliser" un processus de désignation impossible en interne et comme celui de redonner du lustre à des débats en interne dégagés du prisme présidentiel. Pour y parvenir, convenons-en le chemin est long car rompant avec bien des aspects avec une partie de la culture politique – réelle ou mythifiée – du Parti socialiste.
Dans ce cadre, le choix a été fait de proposer aux autres partis de gauche souhaitant construire une alternative gouvernementale à l'UMP de co-organiser ces primaires ; la porte est ouverte.
CALENDRIER
Dans ce cadre, un calendrier est fixé, permettant aux uns et aux autres de se porter candidat ; tant mieux. Le choix appartient à chacune et chacun en conscience. Pourquoi d'ailleurs s'offusquer dans le même mouvement de certaines déclarations de candidatures et demander à certain de précipiter la leur ? Pour autant elle ne constitue pas une ligne stratégique et politique. Pourquoi se presser maintenant alors que nous avons collectivement refusé cette pression le lendemain de l'élection perdue de 2007 ?
La vérité est que jamais le PS n'a désigné son candidat ou sa candidate plus de six mois avant l'élection présidentielle. Et ce qui apparaît aujourd'hui évident ne l'était guère au moment des élections présidentielles précédentes. La vérité est que ce souci d'une accélération du calendrier et d'une attente d'un leader renvoie à notre propre difficulté à produire du sens en dépit de nos conventions.
Se focaliser ainsi, tant sur le calendrier que sur le nombre putatif de candidates et de candidats induisant une soi-disant machine à perdre, stigmatise en réalité le refus de ce que sont les primaires tout en leur conférant des responsabilités qu'elles n'ont pas. Les primaires populaires ouvertes ne sont pas plus une assurance-victoire qu'elles ne constituent une certitude de défaite ; pas plus qu'une désignation interne n'impliquerait l'une ou l'autre. Elles constituent par contre, si nous les organisons bien, un formidable levier pour une action politique en profondeur. Des milliers de bureaux de vote doivent être mis sur pied, des débats organisés, des explications fournies : ainsi la candidate ou le candidat désigné(e) sera porté(e) par une réelle dynamique. Qu'il ou elle soit aujourd'hui ou non actrice directe ou acteur impliqué, de nos débats politiques ne change rien à l'affaire. Oserais-je dire que moins il en est partie prenante, plus les primaires populaires ouvertes lui seront utiles ?
Dès lors, peu importe aujourd'hui les velléités des candidatures. Elles sont légitimes. On peut les estimer malencontreuses, à contre-temps, inutiles, contre-productives, préférer que celles et ceux qui nous en font part nous apportent plutôt leurs contributions – même critiques – dans nos débats actuels. Mais le temps viendra de la clarification au moment où les candidatures seront officiellement déposées. Comme un bon vin, la politique nécessite un temps de maturation. Nous y sommes.
Alors, en septembre et octobre viendra le temps des vendanges où nous récolterons des primaires non pas une candidate ou un candidat affaibli(e) par des débats mais une candidate ou un candidat porté(e) par des millions de concitoyens qui au travers de leur vote aux primaires auront exprimé le choix de construire un avenir différent.
Emeric Bréhier, premier secrétaire fédéral du Parti socialiste de Seine-et-Marne