DU SOMMET AU RETOUR SUR TERRE
Il est dommage que le Parti socialiste n’ait pas cru bon, au-delà des déclarations de certains de ses responsables, notamment de Pierre Moscovici , de publier un communiqué officiel ou de tenir une conférence de presse, par la voix de sa Première secrétaire, préalablement au G20 de jeudi dernier. Il eût été, en effet, opportun que les socialistes fassent valoir précisément leurs positions, connaître les conditions nécessaires, à leurs yeux, d’un sommet réussi tant sur les mesures de relance que sur les régulations, réglementations et contrôles financiers internationaux. Certes, Michel Sapin, Secrétaire national à l’économie, considérait très justement, au lendemain du G 20 que devrait prévaloir à présent une relance de la consommation en France, plus forte et socialement juste.
Cette remarque s’avère d’autant mieux fondée que les fameux 1000 chantiers du Président de la République dont on déplore l’inadéquation, aux plans qualitatifs et quantitatifs, avec les exigences d’une économie performante de la connaissance et du développement durable mais sur lesquels, néanmoins, Nicolas Sarkozy a limité ses petits efforts en faveur de l’investissement, révèlent d’ores et déjà des ratés, blocages et retards et font douter sérieusement les patrons de P.M.E. de leur efficacité alors qu’ils sont concernés au premier chef par ces travaux et, comme on le sait, les principaux pourvoyeurs d’emplois.
Pour en revenir au G 20 lui-même, voilà quinze jours, que certains d'entre nous livraient leur conviction qu’un compromis serait forcément dégagé, qu’il s’agissait de savoir si ce compromis serait à la hauteur des enjeux, et rappelaientt les objectifs à atteindre afin qu’il soit à même de convaincre les acteurs économiques et financiers ainsi que les opinions, de sa pertinence, ce sommet donc est, à tout le moins, encourageant à condition de concrétiser rigoureusement et rapidement les orientations prises et d’élargir les décisions au champ de la réforme monétaire dès le prochain rendez-vous à l’automne.
Mais, si nous ne devons pas badiner avec l’espoir que suscite ce G.20, nous ne pouvons manquer d’analyser avec lucidité ses résultats.
D’abord, le renforcement du F.M.I., placé au cœur de la régulation mondiale par le triplement de ses ressources, en tant que superviseur des économies et de la sphère financière et détecteur des risques de crise, marque le retour à une approche multilatérale des relations économiques, même s’il faudra attendre 2011 pour acter la révision des droits de vote en faveur des économies émergentes, notamment des B.R.I.C. (Brésil, Russie, Inde, Chine).
Ensuite, l’établissement des listes grise et noire des paradis fiscaux en mal de coopération internationale témoigne, a priori, d’un progrès. Il est vrai que l’O.C.D.E. avait récolé en 2000 les places récalcitrantes, sans résultat. Mais, cette fois, il s’agit d’un fichage voulu par le G.20, assorti de sanctions et d’une mise au banc des organisations internationales. Toutefois, qu’en sera-t-il par exemple de Hong-Kong, Macao, Singapour alors que la Chine n’est pas membre de l’O.C.D.E., pourquoi l’Etat du Delaware aux Etats-Unis ou même la City de Londres ne sont-ils pas recensés ? Poser ces questions est y répondre et de plus, se contenter de sanctions là où il eût fallu interdire, c’est assurément préserver des « trous noirs » qui amoindriront l’efficacité des régulations et des réglementations financières.
Quant aux décisions relatives à la valorisation contra-cyclique des provisions des établissements financiers, à la mise en cause des normes comptables I.F.R.S., à l’enregistrement de critères harmonisés et à l’indépendance des agences de notation, à la réglementation des instruments, des marchés et autres fonds spéculatifs, elles restent floues et leur portée dépendra de leur mise en œuvre d’ici à la fin de l’année.
En fait, au travers de ce sommet, c’est une nouvelle donne géostratégique qui se confirme. Les grands pays émergents, la Chine au premier chef, ont affirmé à cette occasion leur rôle d’acteur de premier plan. Ainsi, entre autres, très opposé aux éventuelles dérives protectionnistes, M. Hu Jin-Tao a-t-il obtenu une réunion extraordinaire de l’OMC en vue de débloquer le cycle de négociation commerciale de Doha.
En définitive, c’est le renforcement coordonné des relances internationales qui fait les frais en particulier de l’opposition résolue de l’Allemagne au motif de la maîtrise à long terme des finances publiques, et plus discrètement de la France. En outre, l’accroissement des fonds disponibles, la nouvelle allocation des droits de tirage spéciaux accordés au F.M.I., les prêts supplémentaires financés par les banques multilatérales telles que la Banque mondiale, la Banque asiatique de développement, la BERD, etc…, ne représentent que 850 Milliards de $ qui pourraient être éventuellement injectés dans l’économie internationale et non 1.100 Milliards de $ selon la déclaration finale du G.20. puisque les 250 Milliards de $ de soutien au commerce mondial sont des garanties de prêts. D’ailleurs, les 5.000 Milliards de $ d’efforts budgétaires mobilisés au total jusqu’à la fin 2010, toujours selon la déclaration du G.20 mêlent les choux et les carottes, ne constituent pas que des financements effectifs mais aussi, pour une part notable, de garanties financières, sans doute nécessaires, cependant sans conséquences directes sur les relances des économies. C’est environ l’équivalent d’un peu plus de 2% du P.I.B. mondial qui sera d’ici à la fin de l’année prochaine insufflé annuellement à l’économie internationale. On peut donc légitimement s’interroger à ce qu’il contribue, comme le prétend le G.20, à une augmentation de 4% de la production d’ici à 2 ans, sachant au surplus que les économies développées connaîtront en 2009 une décroissance de près de 4%. Aussi, s’imposeront à terme de nouvelles mesures de relance coordonnées pour éviter une phase récessive de trop longue durée.
Malgré tout, ainsi que l’indiquait Dominique Strauss-Kahn au sortir du sommet, l’ampleur de ce plan global est inédite. Toutefois, les américains n’ont pas vraiment obtenu gain de cause dans la relance et les européens on dû en rabattre sur la réforme du système financier.Ce n’est qu’un compromis d’étape, appréciable : convaincra-t-il désormais dans sa mise en œuvre au cours des prochains mois ? En tout cas, qui aurait pensé, voilà peu encore, à ce retour en force des idées de la social-démocratie. Aux socialistes de s’approprier franchement ces avancées, remarquables même insuffisantes, pour les conjuguer aux impératifs d’un développement solidaire et durable, d’une nouvelle valeur ajoutée, de la justice sociale.